ARTS, TRADUCTION

ARTS, TRADUCTION

On ne s’attendrait pas forcément à ce que l’acte de traduction et l’histoire de l’art en tant que discipline forment un tandem. Pourtant, ils entretiennent depuis longtemps une relation intime.

De la même façon que l’on pourrait dire que toute lecture est traduction, on pourrait avancer que toute histoire de l’art s’enracine dans l’ekphrasis, c’est-à-dire dans des productions écrites permettant de décrire, d’évoquer et d’analyser le travail de l’art visuel.

Comme l’a noté le théoricien W.J.T. Mitchell (1994 : 157) : « Dans la mesure où l’histoire de l’art est la représentation verbale d’une représentation visuelle, elle élève l’ekphrasis au rang de principe théorique ». À partir de là, il serait facile d’établir une comparaison entre l’écriture ekphrastique de l’historien de l’art et l’activité du traducteur.

En fait, si l’on se réfère à la définition récente proposée par Jas Elsner (2010 : 12), l’ekphrasis « traduit la nature visuelle et sensuelle d’une œuvre d’art par une formulation qui peut être exprimée dans un raisonnement discursif. L’acte de traduction est central » (cf. Venuti 2010). La tentative la plus volontaire et la plus rigoureuse qui soit pour rendre une image en texte est vouée, cependant, à l’échec, du fait que la relation entre deux systèmes sémiotiques, visuel et verbal, englobe simultanément la ressemblance et la différence.

Le texte mime l’image mais ne peut jamais être ou devenir l’image. Comme l’affirme Umberto Eco (2003 : 381-382) : « La pratique de l’ekphrasis permet de décrire en mots une image, mais aucune ekphrasis du Mariage de la Vierge de Raphaël ne saurait rendre le sens de la perspective que perçoit celui qui regarde, ni la douceur des lignes que manifeste la position du corps, ou la subtile harmonie des couleurs ».

Étant donné l’impossibilité d’une réussite, même partielle, dans ce domaine, les historiens de l’art les plus pessimistes pourraient être tentés de renoncer purement et simplement à l’exercice. En adoptant cette posture fataliste, ils iraient dans le sens d’une conclusion tout aussi sombre et extrémiste que celle qui s’applique aux études sur la traduction, à savoir « l’hypothèse Sapir-Whorf », selon laquelle « la communication entre deux peuples qui ne par-tagent pas la même lan-gue maternelle est im-possible » (Schogt 1992 : 195).